
L'économie mondiale de la pomme de terre
Points clés
En 2005, la production de pommes de terre du monde en développement a dépassé, pour la première fois, celle du monde développé.
Dans les pays en développement, la culture de subsistance des pommes de terre est en train de reculer à mesure que les agriculteurs orientent leur production vers les marchés intérieurs et internationaux.
La consommation mondiale se réoriente vers les produits transformés à valeur ajoutée au détriment des pommes de terre fraîches.
La valeur et le volume des produits transformés échangés sur le marché international dépassent de loin le commerce en tubercules frais.
Les pays en développement sont importateurs nets dans le commerce international de pommes de terre, qui, en 2005, a été estimé à 6 milliards de dollars EU.
En dépit de son importance comme aliment de base et de son rôle dans la lutte contre la faim et la pauvreté, la pomme de terre a fait l'objet d'un désintérêt dans les politiques de développement agricole.
La production de pommes de terre dans les pays en développement, en particulier en Europe et dans la Communauté des États indépendants, a diminué en moyenne d'un pour cent par an au cours des vingt dernières années. Cependant, la production des pays en développement a augmenté à un taux moyen de 5 pour cent par an, croissance alimentée par les pays d'Asie, en particulier la Chine et l'Inde.
En 2005, la part des pays en développement dans la production mondiale de pommes de terre s'établissait à 52 pour cent, dépassant celle du monde développé. Il s'agit là d'un résultat remarquable, étant donné qu'il y a à peine 20 ans, cette part n'était que légèrement supérieure à 20 pour cent. Mais ceci n'empêche pas que la production et la consommation mondiales de pommes de terre progressent plus lentement que la croissance démographique.
La consommation de pommes de terre fraîches, qui représentait autrefois la base de la consommation mondiale du tubercule, est en diminution dans de nombreux pays, en particulier dans les régions développées. A l'heure actuelle, davantage de pommes de terre sont transformées pour répondre à la demande croissante de l'industrie du fast-food, des snacks et des aliments tout préparés. Cet essor s'explique principalement par l'accroissement de la population urbaine, la hausse des revenus, la diversification des régimes alimentaires et des modes de vie qui laissent moins de temps pour la préparation du produit frais.
La pomme de terre est généralement considérée comme une denrée volumineuse, périssable, dont le transport est coûteux et ayant un potentiel d'exportation limité généralement aux transactions transfrontières. Ces obstacles sont loin d'avoir entravé son commerce international, qui a doublé en volume et quasiment quadruplé en valeur depuis le milieu des années 80. Cette croissance est due à une demande mondiale sans précédent de produits transformés, notamment de produits congelés et déshydratés. À ce jour, les pays en développement n'ont guère bénéficié de cet essor des échanges. En tant que groupe, ils ont émergé comme principaux importateurs nets de la denrée.
Le commerce mondial de pommes de terre et de produits dérivés est encore limité par rapport à la production, dont seulement 6 pour cent environ fait l'objet d'échanges. Les coûts élevés de transport et de réfrigération sont des obstacles importants à l'élargissement du marché international.
Politiques commerciales
Des droits d'importation ad valorem sont utilisés pour protéger les marchés intérieurs de la pomme de terre. Parmi les autres politiques restreignant l'accès aux marchés figurent les mesures sanitaires et phytosanitaires et les obstacles techniques au commerce.
Des droits d'importation sur les pommes de terre et les produits dérivés sont appliqués par la plupart des pays. Les taux de consolidation convenus sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce varient considérablement. La pomme de terre constitue un exemple classique de «progressivité des droits», où les pays importateurs protègent les industries de transformation en prélevant sur les produits transformés des droits plus élevés que sur la matière première. En empêchant les pays de diversifier leur base d'exportation en produits transformés à valeur ajoutée, la progressivité des droits peut les contraindre à demeurer fournisseurs de matière première.
Les pays souhaitant offrir des produits de la pomme de terre sur le marché international – en particulier vers les marchés des pays développés plus lucratifs – sont confrontés en outre à des obstacles considérables sous la forme de normes de sécurité sanitaire des aliments et de réglementations techniques.
Le Cycle de négociations commerciales de Doha reconnaît les impacts négatifs de la progressivité des droits et énonce d'importantes dispositions veillant à ce que les normes et réglementations ne se transforment pas de facto en barrières au commerce ou en politiques protectionnistes masquées, tout en mettant au premier plan les questions de santé publique. Malheureusement, les négociations de Doha ont essuyé une série d'échecs, et aucun accord final n'a été conclu.
Potentiel de la pomme de terre
Les atouts de la pomme de terre, en particulier sa valeur nutritionnelle élevée et son potentiel d'accroissement des revenus, n'ont guère reçu une attention méritée des gouvernements. Le manque de filières de commercialisation, de soutien institutionnel et d'infrastructures, ainsi que les politiques commerciales restrictives sont autant d'obstacles à la commercialisation du secteur. Les parties prenantes au niveau national et international doivent faire une plus large place à la pomme de terre sur l'agenda de développement.
Cette fiche a été élaborée par Adam Prakash, de la Division du commerce et des marchés de la FAO






