Amérique latine
La pomme de terre est originaire d'Amérique du Sud, où la production est pourtant la plus faible du monde, moins de 16 millions de tonnes en 2007. Elle demeure une culture traditionnelle pour les petits agriculteurs de la région andine, qui l'associent à des espèces inconnues partout ailleurs. En Argentine, au Brésil, en Colombie et au Mexique, la production de Solanum tuberosum par de gros exploitants pratiquant une culture commerciale à grande échelle augmente.
1. Brésil
batata inglesa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 143 140 ha |
| Quantité |
| 3 393 957 t |
| Rendement |
| 23,7 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

Bien que le soit Brésil le centre d'origine de la plus importante plante-racine du monde, le manioc, la culture de la pomme de terre y était pratiquement inconnue jusqu'à la fin du XXème siècle. C'est en effet à cette époque qu'elle fut introduite par les immigrants européens dans les régions relativement tempérées du sud du pays (dans l'État de São Paulo, la pomme de terre peut être cultivée toute l'année).
Alors que la pomme de terre joue un rôle secondaire dans l'agriculture brésilienne, le pays est le premier producteur d'Amérique latine, avec une récolte record de 3,4 millions de tonnes en 2007. Ces 15 dernières années, la production a augmenté de 5 pour cent par an et le rendement moyen est passé de 14 à 24 tonnes/ha.
Si les exportations de pommes de terre du Brésil sont négligeables, la consommation annuelle reste modeste: 14 kg par habitant. Mais un changement se dessine: cette grande puissance économique émergente est un marché potentiel pour les amuse-gueules à base de pomme de terre.
2. Pérou
papa, ch'uqi |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 260 000 ha |
| Quantité |
| 3 250 000 t |
| Rendement |
| 12,5 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

La pomme de terre, principale culture vivrière du Pérou, est un élément essentiel de l'alimentation de ses habitants depuis des millénaires. Les preuves recueillies dans les sites archéologiques indiquent que la pomme de terre était cultivée dans les Andes péruviennes il y a déjà 7 000 ans, et des recherches plus récentes suggèrent que son centre d'origine spécifique serait au Pérou, au nord du Lac Titicaca.
Aujourd'hui, le Pérou cultive quatre espèces de pomme de terre -Solanum tuberosum plus trois autres espèces exclusives de la région. Bien que sa récolte ait été inférieure à celle du Brésil en 2007, le Pérou demeure l'un des principaux producteurs d'Amérique latine, avec plus de 3 millions de tonnes par an depuis 2000. La consommation annuelle a été estimée aux alentours de 80 kg par habitant.
La pomme de terre est essentiellement produite par les petits cultivateurs, à des altitudes qui vont de 2 500 m à plus de 4 000 m dans les Andes centrales, tandis qu'une superficie plus réduite dans les vallées côtières est consacrée à la production commerciale irriguée. L'énorme diversité génétique des pommes de terre péruviennes est menacée par les nouvelles variétés commerciales souvent cultivées pour répondre aux préférences des consommateurs urbains.
3. Argentine
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 68 000 ha |
| Quantité |
| 1 950 000 t |
| Rendement |
| 28,6 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

Bien qu'il existe des variétés sauvages dans l'ouest du pays, la culture de la pomme de terre y est pratiquée depuis les années 1870, des documents attestant que cette année-là 2 000 ha furent plantés en tubercules provenant sans doute d'Europe. Aujourd'hui elle est pratiquée à grande échelle, fortement mécanisée et se concentre autour de Buenos Aires et de Santa Fe.
Depuis le début des années 1960 la production tourne autour de 2 millions de tonnes, avec parfois des récoltes records, comme en 1998 où elle a atteint 3,4 millions de tonnes. De même, la consommation, qui s'élevait à 44 kg par habitant en 2005, n'a guère évolué depuis 1990.
Mais la productivité, elle, a augmenté. Alors que la superficie récoltée diminuait régulièrement (200 000 ha en 1961 contre 82 000 tonnes environ en 2006), les rendements ont plus que triplé, atteignant près de 30 tonnes/ha. En 2005, l'Argentine a exporté 33 000 tonnes de pommes de terre et 4 000 tonnes de farine de pomme de terre.
4. Colombie
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 110 000 ha |
| Quantité |
| 1 900 000 t |
| Rendement |
| 17,2 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

En 1538, un voyageur espagnol qui traversait les Andes colombiennes observa que les indigènes cultivaient « une sorte de truffe de terre ». Il s'agissait sans doute de la pomme de terre car la Colombie constitue l'extrémité nord de la région andine qui est son centre d'origine et de domestication.
Si la « truffe de terre » demeure une culture de subsistance pour nombre d'agriculteurs colombiens, elle alimente la plus grosse industrie commerciale de la pomme de terre de la région andine. En 2000, la production atteignait plus de 2,8 millions de tonnes, avec des rendements nettement supérieurs à ceux de la Bolivie, de l'Équateur et du Pérou. Bien que depuis la superficie récoltée soit tombée de 170 000 à 110 000 ha, la production s'élevait à 1,9 million de tonnes en 2007.
La pomme de terre est surtout cultivée entre 1 800 et 2 300 mètres d'altitude dans la Cordillère centrale et la Cordillère orientale. Depuis les années 1990, la production de produits dérivés croît rapidement et couvre 12 à 14 pour cent de la demande nationale.
5. Mexique
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 62 000 ha |
| Quantité |
| 1 530 000 t |
| Rendement |
| 24,6 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

La présence de variétés sauvages au Mexique indique que le pays se trouve dans la région d'origine de la pomme de terre. Pourtant il semblerait que les variétés cultivées aient été introduite par les Espagnols au XVIème siècle.
Jusqu'aux années 1960, la culture était circonscrite aux zones non irriguées, à plus de 2 000 mètres d'altitude, dans les régions volcaniques du centre du pays; la production avoisinait les 300 000 tonnes et les rendements étaient inférieurs à 6 tonnes/ha. Mais ces 20 dernières années, elle s'est étendue aux zones commerciales irriguées, dans le nord et l'ouest du pays, où les rendements atteignent aujourd'hui 40 tonnes/ha. Bien que la superficie cultivée en tubercules n'ait guère évolué depuis 1980, les rendements moyens ont presque triplé depuis 1961 et la production a atteint le chiffre record de 1,7 million de tonnes en 2003.
Si la consommation annuelle est de 17 kg par habitant, les importations en provenance du Canada et des Etats-Unis n'ont cessé d'augmenter ces dernières années: en 2006 les importations de tubercules frais se montaient à 65 000 tonnes et celles de produits dérivés congelés à 122 000 tonnes.
6. Chili
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 63 910 ha |
| Quantité |
| 1 445 000 t |
| Rendement |
| 22,6 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

Il est généralement admis que les variétés de pommes de terre cultivées de par le monde sont originaires des andes péruviennes. Mais l'identification génétique a révélé récemment que des tubercules parvenus aux îles Canaries et destinés à l'Europe provenaient de la côte sud-ouest de l'Amérique du Sud, du Chili.
Le Chili est le sixième producteur de pommes de terre d'Amérique latine, avec une récolte record de 1,5 million de tonnes en 2007, équivalente à la production de maïs et de blé du pays. Bien que la culture du tubercule soit pratiquée dans tout le pays, elle est concentrée dans les provinces situées entre Coquimbo, au nord, et Chiloé, y compris sur l'île de Chiloé où elle existait déjà à l'époque précolombienne.
Plus de la moitié des tubercules sont consommés frais (la consommation annuelle, de 51 kg par habitant, a peu évolué depuis 1990), 10 pour cent environ sont transformés et 15 cent servent à la production de plants. La valeur des exportations de plants représente pesque la moitié de celle des exportations du pays, essentiellement vers le Brésil et le Venezuela.
7. Bolivie
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 135 600 ha |
| Quantité |
| 755 000 t |
| Rendement |
| 5,5 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

Cultivée dans les Andes depuis des milliers d'années, la pomme de terre demeure, avec le soja, la principale culture vivrière de la Bolivie. Elle couvre 135 000 ha et les quelque 200 000 agriculteurs qui la pratiquent sont en majorité des petits exploitants qui la destinent à l'autoconsommation.
La plupart des agriculteurs cultivent des variétés traditionnelles bien adaptées aux « risques climatiques élevés » que comporte le pays (sur les hauts plateaux, la culture est souvent exposée à la grêle, à la gelée et à la sécheresse). L'une de ces variétés autochtones, une « pomme de terre amère » résistante et bien adaptée à une altitude de 4 300 mètres, donne, après cryodessication, le chuño, qui peut se conserver jusqu'à dix ans.
Au cours des dix dernières années, la production de pommes de terre a progressé régulièrement, notamment grâce à l'amélioration des rendements. Mais le blé et de riz, dont les importations ont fortement augmenté ces derniers temps, font concurrence à la pomme de terre, notamment sur les marchés urbains.
8. République bolivarienne du Venezuela
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 24 500 ha |
| Quantité |
| 454 000 t |
| Rendement |
| 18,5 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

La partie septentrionale de la cordillère des Andes, dans l'ouest du pays, abrite une vingtaine d'espèces sauvages de pommes de terre et fournit la majeure partie de la production nationale. Sur les terres consacrées à l'agriculture de subsistance, entre 2 000 et 2 500 mètres d'altitude, la pomme de terre demeure la culture principale, la production commerciale étant surtout concentrée dans les régions montagneuses de l'État de Lara.
La production n'a cessé de croître depuis les années 1960, elle a presque doublé entre 1990 et 2007, atteignant le chiffre record de 450 000 tonnes. Les pommes de terre sont essentiellement commercialisées fraîches et le gouvernement incite les agriculteurs à diversifier leur production en utilisant des variétés adaptées à l'industrie de transformation. Bien que la consommation soit faible, 12 kg par habitant, en 2005 le pays a dû importer 80 000 tonnes de pommes de terre (fraîches et transformées) pour satisfaire la demande.
Dans les Andes vénézuéliennes, la culture de la pomme de terre est menacée par la perte de la diversité génétique adaptée aux conditions climatiques et écologiques de la région. Un programme en cours d'exécution incite les agriculteurs à produire des plants exempts de maladies à partir de variétés locales de pommes de terre.
9. Équateur
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 52 000 ha |
| Quantité |
| 355 000 t |
| Rendement |
| 6,8 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

Les Andes équatoriennes font partie du centre de diversité génétique de la pomme de terre et le centre du pays possède une grande diversité d'espèces sauvages. La pomme de terre est surtout cultivée par de petits exploitants qui possèdent moins de 5 ha, dont 1 ha lui est traditionnellement consacré.
Le coût des intrants et la rentabilité plus élevée des autres cultures expliquent les fortes fluctuations de la production nationale de pommes de terre: lors de la dernière décennie, elle est tombée de plus de 450 000 tonnes à 350 000 tonnes, tandis que les superficies cultivées passaient de 65 000 à 50 000 ha environ.
Les agriculteurs commencent à commercialiser leur production de pommes de terre pour répondre à la demande croissante du secteur urbain, qui représente plus de 60 pour cent de la population. La majeure partie de la production est destinée à la consommation domestique et la consommation annuelle est d'environ 25 kg/habitant.
10. Guatemala
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 11 000 ha |
| Quantité |
| 300 000 t |
| Rendement |
| 27,2 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

Dans l'ensemble, les régions montagneuses du centre et de l'ouest du Guatemala offrent des conditions idéales pour la culture de la pomme de terre. Entre 1 500 et 2 800 mètres d'altitude, avec des températures moyennes allant de 7 à 25 °C, les paysans peuvent récolter les pommes de terre au bout de 100 jours, et dans les zones irriguées où il ne gèle pas ils les cultivent tout au long de l'année.
Le Guatemala est le plus gros producteur de pommes de terre d'Amérique centrale et a enregistré une récolte record de 300 000 tonnes en 2007. Le rendement moyen, estimé à plus de 27 tonnes/ha, est le plus élevé d'Amérique latine après celui de l'Argentine.
La pomme de terre est devenue une culture de rente pour les petits paysans, qui vendent leur production dans les zones urbaines ou l'exportent dans les pays voisins. Le potentiel du Guatemala est cependant limité par le manque de semences certifiées et la fragmentation de la chaîne de production. Le gouvernement vient de donner son feu vert à l'importation de semences argentines et il encourage la création d'associations de petits producteurs de pommes de terre.
11. Cuba
papa |
| Production, 2007 |
|---|
| Surface récoltée |
| 12 000 ha |
| Quantité |
| 290 000 t |
| Rendement |
| 24,16 t/ha |
| Source: FAOSTAT |

Le premier document où il est fait mention de la pomme de terre à Cuba date de 1798, il s'agit d'un propriétaire terrien qui se plaint de la pénurie de semences adéquates. Le manque de variétés adaptées au climat tropical de l'île a en effet découragé des générations de paysans de cultiver des tubercules.
Depuis les années 1970, la production cubaine a augmenté régulièrement grâce aux semences importées de France et des Pays-Bas, qui peuvent être reproduites localement jusqu'à trois années consécutives. La production a atteint le chiffre record de 370 000 tonnes en 2000 et depuis la récolte moyenne dépasse 300 000 tonnes.
Le rendement a doublé depuis 1990, atteignant plus de 24 tonnes/ha, c'est l'un des plus élevés d'Amérique latine et il est supérieur de 50% à la moyenne mondiale. La production, qui est concentrée autour de la capitale, La Havane, est en grande partie transformée en frites. Les Cubains consomment environ 30 kg de pommes de terre par an.


